• Marius et Jeannette

    Que dire ? Magnifique !

    Un film qui a connu un grand succès, amplement justifié. C'est une fable, à la fois romantique, poétique et engagée. Une trame qui évoque la précarité, le chômage, la famille, la solidarité, le monde ouvrier, l'amour, Marseille et...L'Estaque, évidemment !

    Et quels acteurs !Tiens, je ne résiste pas à partager avec vous un pur moment de bonheur* dans le film:

    La scène se passe dans la cour de la cimenterie. Elle commence par un plan rapproché vers des mains qui s'activent au-dessus d'une table sur laquelle est posée, en bas à gauche de l'image, une assiette contenant un verre à pied ainsi qu'une coquille d'œuf. Au centre de l'image, les mains de Dédé tournent le pilon dans un mortier, les mains de Justin à gauche, ajoutent un jaune d'œuf ; à droite, Marius tend une bouteille d'huile d'olive et en verse dans le mortier. Tandis qu'à gauche Justin secoue ses mains, la caméra remonte vers la droite sur les bustes de Dédé et Marius, orientés respectivement à droite et à gauche du cadre.

    Dédé (off). Où elle a vu qu'on mettait du fenouil dans l'aïoli ?
    Les visages de Dédé et Marius apparaissent dans le champ. Marius regarde Dédé.
    Marius
    . Et si ça y plaît le fenouil ?
    Le panoramique s'arrête sur Dédé et Marius en plan poitrine.
    Justin (off). Eh attention !...
    (Dédé tourne la tête vers Justin dont on voit le doigt pointé vers la gauche. Marius aussi regarde Justin. Un bref panoramique sur la gauche commence à recadrer sur Justin)
    La vraie recette de l'aïoli, c'est : des haricots verts,
    (Le panoramique s'arrête sur Justin de gauche, plan poitrine, de trois quarts face, le regard baissé sur ce que fait Dédé qui, lui, se tient sur la partie droite de l'image, de trois quarts face également, et la tête baissée. On entend le bruit du pilon dans le mortier.)
    ... des carottes, des patates, du chou-fleur, œuf dur, baccala, et basta.
    Dédé (secouant la tête). Eh bien sûr !...
    Marius (tandis que la caméra se dirige vers la droite). Eh vous me faites rire. Si ça lui plaît le fenouil, on s'en fout de la recette !
    Dédé. Elle a qu'à mettre des radis aussi !
    Le panoramique stoppe sur Marius qui s'adresse à Dédé.
    Marius. Et pourquoi pas ?
    Un temps. Dédé baisse la tête vers le mortier. Le panoramique repart vers la gauche.
    Dédé. Ne me regarde pas, tu le fais tomber.
    Justin (off). Non,
    (On découvre le visage de Justin qui regarde vers Dédé.)
    ... tu la fais tomber !
    Dédé (relevant la tête vers Justin). Quoi ?
    Justin. Eh ben oui, attention... Toi, toi, tu dis...
    (Le mouvement s'arrête sur Justin et Dédé)
    ... un aïoli,
    (En regardant le mortier)
    ...on dit pas un aïoli, on dit une aïoli.
    Dédé (baissant les yeux vers le mortier). Eh ben moi je dis comme je veux !...
    (S'énervant)
    Et me parle pas, tu le fais tomber !
    Justin (regardant en bas). Oh putain ! Tu vas voir, si je la monte, moi, hé ! Hein !...
    (Dédé secoue la tête en prenant à témoin Marius hors champ à droite, sans cesser de remuer)
    Tu peux faire ce que tu veux autour,
    (Avec des gestes)
    ... la danse du scalp, le grand écart... Et tu verras, elle monte !...
    Le panoramique reprend vers la droite.
    Dédé (en regardant Justin). Oh, les vieux, y faudrait les tuer dès la naissance, hein !
    Marius (à droite, avec un geste du doigt vers Dédé). Ah, ça, ça, c'est méchant.
    Dédé (relevant la tête brièvement vers Marius). Hé ! C'est pour rigoler, hé !
    Marius (catégorique). C'est méchant.
    Le panoramique s'arrête.
    Dédé (plus fort, en relevant la tête vers Marius). Hé ! C'est pour rigoler !
    Un panoramique commence à monter.
    Marius (regardant vers le mortier). C'est méchant.
    Justin (off). Attention, tu le coules !
    Le panoramique accélère vers le mortier. La main de Justin, dans un geste, entre dans le champ.
    Marius (off). Oh ! Tourne, tourne, tourne !
    On voit apparaître le mortier dans lequel Dédé tourne le pilon. Dedans l'aïoli prend forme. A droite, Marius tient toujours la bouteille d'huile d'olive prête à verser.
    Dédé (off). Eh ! Je tourne, j'arrête pas, bon !
    Justin (off). Attention, et toi, c'est pas les chutes du Niagara...
    (Le panoramique s'arrête. Le mortier est au centre de l'image)
    ... là que tu nous fais !
    Marius (off). Tu veux que je te remplace ?
    Dédé (off, sa voix devenant plus lointaine). Allez, verse, hé !...

    Et puis, le film se conclut sur ces mots, que j'adore, chargés de sens:

    « Cézanne a peint des paysages et des quartiers où les pauvres vivent. Mais les tableaux finissent sur les murs des riches. »

    Robert Guédiguian, France (1997)

    PS : Vous trouverez ici: (http://lucie.delemer.free.fr/dossier-multimedia) le travail de Lucie Delemer, que je remercie et à qui j'ai emprunté la retranscription de la scène.


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